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Devenir homme ou femme / Déterminisme de la mise en place des appareils sexuels 

L’identité et le développement sexuels de l’individu


Simone de Beauvoir affirmait : « on ne naît pas femme, on le devient ». Cette affirmation peut paraître séduisante.connai-scienti

Pourtant l’ensemble des données sur l’Homme, qu’elles soient biologiques, sociologiques, philosophiques, permettent d’affirmer : « l’Homme, qu’il soit homme ou femme, doit devenir ce qu’il est ». Se pose alors la question de l’identité sexuelle et de l’orientation sexuelle.

1. Données biologiques

couve-cerveaurose-cerveaubleuLes données des observations scientifiques (anatomie, morphologie, physiologie et génétique) montrent que chaque individu humain est sexué, homme ou femme, dans toutes ses composantes matérielles.

Celles-ci pourraient influencer également le comportement et la psychologie de chaque sexe.

Le déterminisme n’est pas absolu car il peut y avoir des perturbations dans le développement : ce sont les cas (environ 1 pour 2000 naissances) dits d’intersexuation.

Ces anomalies du développement montrent que l’orientation fondamentale de l’être humain est bien d’être divisé en deux sexes. Mais, comme pour tout développement chez le vivant, il peut arriver des perturbations génétiques (anomalies du caryotype), anatomiques ou autres, qui empêchent l’épanouissement tel que prévu par les mécanismes de la nature.

 

2. Sexe biologique et sexe sociologique ? 

A) Si la biologie confirme la différenciation sexuelle intrinsèque à chaque individu, l’observation du comportement humain, qui relève des sciences humaines et sociales (psychologie, sociologie et anthropologie culturelle) montre que l’être humain peut choisir des orientations sexuelles différentes à titre individuel ou s’organiser socialement autrement qu’en suivant les seules données biologiques.

bonobo1L’être humain manifeste ainsi une caractéristique propre à lui : la conscience et la liberté.

Conséquences

- Les mécanismes physico-chimiques de la sexualité ne déterminent pas les pratiques sexuelles. D’ailleurs, les grands singes peuvent aussi avoir des jeux et relations sexuelles pour le plaisir et hors des périodes de fécondation.

Mais cela ne veut pas dire que l’homme est identique aux grands singes.

- En effet, la liberté humaine, c’est à dire cette absence de détermination absolue dans les conduites individuelles et sociales, contrairement à tous les animaux régulés par l’instinct, donne à l’homme une grande capacité d’action.

- Des personnes peuvent se sentir, se vouloir, hommes alors qu’elles sont femmes biologiquement, ou l’inverse.

- Certaines sociétés modifient les indications de la biologie.

 

Ex : les na de chine, les berdaches Nord-Amérindiens, les fa’afafine en Polynésie, etc 

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Ainsi, une seule espèce humaine mais une grande diversité de cultures et d’orientations possibles, tant individuelles que sociales, dues à cette capacité d’autodétermination.


B) A partir de ces faits, deux approches philosophiques principales, sont possibles, à partir d’un concept travaillé par les sciences humaines et sociales.

B-1) Les sciences humaines et sociales ont introduit à partir des années 1950 un concept particulier, le genre, pour désigner le fait que certains individus ont des pratiques et orientations sexuelles différentes des normes issues de la biologie : certaines personnes ne se reconnaissent pas dans ces normes fondant les relations sexuées homme-femme ouvertes à la génération d’enfants, dites hétérosexuelles. On parlera ainsi d’identités de genre pour désigner des identités sexuelles psychologiques ou sociales différentes de la différenciation sexuelle biologique (transsexualité par exemple).

La plupart des études de genre (Gender studies) sont objectives et se fondent sur des faits observables, elles étudient la manière dont les sociétés et les individus pensent l’identité masculin-féminin et les autres identités de genre. Elles présentent un intérêt descriptif indéniable (cf. ci-dessus §A). On constate ainsi que la manière dont la société pense ou représente l’identité sexuelle va avoir une influence sur les individus.

B-2) Par contre, certains courants philosophiques s’appuient sur ces études pour aller plus loin et poser qu’il y aurait une indifférenciation sexuelle fondamentale de l’être humain. L’identité sexuelle de chacun serait une pure construction sociale et/ou individuelle. Les Queer Theory (du mot anglais queer qui signifie étrange) radicalisent les approches de genre en posant que l’être humain n’a pas d’identité sexuelle donnée par la nature, le biologique n’a pas à interférer avec les choix et constructions sociales.

Dans cette perspective, et c’est la motivation essentielle, on revendique une liberté absolue : l’être humain ne doit pas être déterminé ou influencé dans ses choix par la biologie, il doit s’affranchir de la nature, et s’inventer comme il le veut.

Certaines revendications politiques se fondent sur la reconnaissance d’une pluralité indifférenciée d’identités (Homo, Bi, Trans, Intersexe, Queer…), comme s’il n’y avait pas d’identité masculin-féminin fondamentale.

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« on ne nait pas femme, on le devient », S. de Beauvoir

 

On veut alors éduquer les enfants dans l’indifférenciation pour qu’ils puissent choisir plus tard.

On lutte contre les stéréotypes sexuels : c’est la société qui imposerait des identités sexuelles dominantes rejetant les orientations minoritaires.


B-3) En réponse à ces opinions qui appartiennent à la discussion philosophique, on peut répondre autrement aux données des sciences biologiques et à celles des sciences sociales.

- l’être humain est capable de gouverner son existence, il doit prendre en main sa vie, devenir responsable de lui et des autres mais à partir d’un donné qui a du sens : sa personne qui a une identité propre révélée, mais non réduite, par les mécanismes physico-chimiques du corps.

On naît homme ou femme et on le devient en actualisant les potentialités de notre nature, dans l’unité de notre personne et de ses facultés physiques, affectives et spirituelles.

- Les philosophies du genre font comme si on pouvait vivre en rejetant son propre corps sexué, sans chercher à se comprendre en tant qu’homme ou femme pour mieux comprendre l’autre, et le troisième terme de la relation qui est l’enfant.

- En réalité, les philosophies du genre s’appuient sur des constructions juridiques artificielles (égalité absolue sans tenir compte des différences) ou sur des interventions biotechnologiques (chirurgie, traitement hormonaux), qui cherchent à modifier les données naturelles sexuelles comme si tous les choix étaient équivalents.

- Nous vivons une grande contradiction : pourquoi notre société qui cherche à respecter la nature, pour un développement durable, veut-elle modifier artificiellement les identités humaines, notamment sexuelles, par des interventions techniques et juridiques ? Celles-ci doivent-elles aider la nature ou la remplacer purement et simplement ?cyborg-gj

 

Nature ou technique 

 3. Une espèce humaine fondée sur la fécondité de la différenciation sexuelle.

 

A) Le donné naturel de l’orientation sexuelle humaine

Certaines personnes peuvent vouloir vivre d’autres relations que les relations dites hétérosexuelles. Si on ne peut juger les orientations individuelles (chaque personne est unique et complexe), cela ne veut pas dire que la nature n’existe pas et qu’il n’y a pas nécessité pour l’être humain libre de mieux se comprendre pour mieux agir.

L’observation scientifique montre bien que l’orientation de tous les processus biologiques et physiologiques tend à rendre l’être humain, à travers le plaisir de la rencontre sexuelle, capable physiquement, affectivement et spirituellement d’engendrer, c’est à dire d’être responsable de la croissance d’un enfant, par l’union de l’homme et de la femme.

Les techniques artificielles de procréation, les choix individuels, les cultures, ne pourront jamais contredire ce donné de «nature ».

Le désir de fonder une famille est bien ancré dans l’humanité.

 

B) Culture, éducation affective et morale

singes bonobos- Contrairement aux animaux, y compris les grands singes, l’être humain ne peut se développer en dehors d’une société et d’une culture qui créent les conditions de sa croissance. Etudier les mécanismes physico-chimiques du comportement humain ne peut suffire à comprendre la manière dont l’être humain doit vivre.

Les grands singes vivent leur vie et la réussisse sans interventions extérieures et sans « choix de vie ».

Cela n’est pas possible pour les être humains, qui ont à devenir pleinement humain, homme ou femme par leurs propres actes.

- Les SHS constatent bien l’action déterminante du milieu culturel que l’homme suscite par sa liberté d’agir : l’homme est par nature un être culturel, et en retour les conditions culturelles l’influencent.

Ces influences culturelles ne remettent pas en cause les données naturelles, notamment biologiques, car c’est à partir d’elles que se fait, ou devrait se faire, l’actualisation des potentialités.mariage-indien

- Ainsi, s’il peut y avoir des choix particuliers individuels différents, la nature indique cette nécessité de vivre harmonieusement la relation homme-femme-enfant dans toute société.

- La puberté est un moment crucial de ce développement. L’adolescent peut ressentir une indétermination sexuelle ce qui ne veut pas dire qu’il doit renoncer à son sexe biologique et aux relations qu’il implique dans la complémentarité avec l’autre sexe. Il faut du temps pour que l’intelligence et la sensibilité grandissent dans la connaissance de soi et de l’autre en tant que différent. Les choix fondamentaux de vie se font au seuil de l’âge adulte, au sortir de l’adolescence, autant que faire en connaissance de cause et dans l’acquisition d’une certaine maturité et responsabilité de soi et des autres.

- Cette nécessaire éducation se vérifie car seul l’homme peut être inhumain, seul l’homme peut s’écarter de sa nature et faire des choix en contradiction avec elle et avec sa dignité.

Les primates peuvent suivre leurs désirs, ceux ci sont régulés par la nature.

Si l’homme suit ses désirs, il peut s’enfermer dans des rapports de domination, de pouvoir, de plaisir et transformer l’autre en objet.

- Promouvoir les relations sexuelles fondées sur le seul désir, n’est-ce pas tomber dans l’arbitraire et le despotisme de ces mêmes désirs ? Le désir de l’autre est « naturel » dans un premier mouvement, mais est-il légitime de voir en l’autre un simple objet de désirs ?

- La psychologie nous indique bien la nécessité de dépasser les relations narcissiques, fondées sur la recherche de soi, pour entrer en relation avec l’autre.

 

C) Apprendre à vivre ensemble

droitsdesvictimes2Toutes les sociétés humaines ont à inventer, non pas l’identité sexuelle en tant que telle, mais la manière de la développer dans l’harmonie des relations entre les personnes.

Ainsi, la très grande majorité des cultures, a cherché à mieux vivre les relations homme-femme, fondatrices de toute vie sociale.

Il est vrai que la femme est souvent victime de violences, de la domination de l’homme, et que la recherche de l’égalité homme-femme est nécessaire.jour-218

Cependant, chercher le bonheur et la justice dans les relations demande de respecter l’autre en ce qu’il est, et non pas à faire comme s’il n’y avait pas de différences et comme si l’égalité demandait de ne pas les reconnaître. L’homme et la femme ont à apprendre à vivre ensemble en se reconnaissant tels qu’ils sont.


 

Pistes d’exploitation


1. Définir l’identité sexuelle, son fondement biologique et comment elle se construit.

 

2. Montrer que l’indifférenciation sexuelle prônée par certains est difficilement justifiable en considérant les données biologiques.

3. Montrer que la différence sexuelle peut être source d’enrichissement personnel.